Etienne Campion
Etienne Campion
@EtienneCampion
Mar 3 12 days ago 15 tweets Read on X

"Si on avait réglé ça entre hommes avec Monsieur Paty, il ferait encore ses cours" : Brahim Chnina, l'outrance jusqu'à l'indécence

Mon récit d'audiences à lire sur le site de

"Son fameux masque chirurgical a disparu. En quatre ans, Brahim Chnina semble en avoir pris vingt. Amaigri, la barbe et le crâne désormais striés de blancs, comme ce pull crème qu’il arbore. Seule sa voix, reconnaissable sur la fameuse vidéo qui a conduit à la mort de Samuel Paty, n'a pas changé. Le père de famille est campé là, sous les yeux des siens, le regard hagard, une bouteille de Cristalline à portée de main.

(...)

La stratégie de Brahim Chnina ? Un équilibre précaire entre regrets affichés, autojustifications maladroites et efforts constants pour minimiser sa responsabilité. Il admet des « erreurs », mais s’efforce d’en atténuer la portée en se présentant comme une victime. Il plaide la naïveté, l’excès de confiance envers ses proches, et joue la carte du père abusé par les mensonges de sa fille. Face aux caricatures montrées par Samuel Paty, Chnina s’accroche à une interprétation biaisée : « Je pensais que Samuel Paty était contre les musulmans. » Avant que le président ne la démonte avec une simplicité désarmante : « Les caricatures ne signifient pas être contre ce qu’elles caricaturent. »"
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À cette ligne déjà hasardeuse, il en défend une autre, sans doute plus indigne encore. En ne tardant pas à désigner un autre coupable : la proviseure du collège du Bois-d’Aulne, Audrey Fouillard. Selon lui, tout aurait pu basculer le 9 octobre 2020, lorsqu’il s’était présenté devant l’établissement. « Si, ce jour-là, la proviseure m’avait dit que ma fille mentait, Samuel Paty serait encore en vie. Il suffisait qu’elle dise : “Votre fille n’était pas au cours” et rien ne serait arrivé. » Avant que son inversion accusatoire s’emmêle, face à l’interrogation de l’avocat de la proviseure consistant à savoir si c’est elle, dès lors, la coupable : « Je ne la traite pas de menteuse, mais elle ne dit pas toute la vérité. (…) Je n’ai jamais dit qu’elle était responsable, mais qu’elle a sa part de responsabilité. »

Cette phrase, qui fait gronder la salle, marque l’un des sommets de l’ambiguïté et de l’absurde dans les mots de Chnina. À son langage, dont il semble parfois jouer pour feindre des difficultés de compréhension, s’ajoute une élocution hésitante. Et Chnina s’enferre dans des stratégies qui rappellent les clichés d’interrogatoires de petits délinquants pris sur le fait. Les mots fusent, mais manquent leur cible. On relève une quarantaine de « Je ne me souviens pas », une trentaine de « J’ai oublié », une dizaine de « ça dépend », et un joli « J’ai dû avoir un trou de mémoire », jetés ici et là. Tandis que la salle, lasse, assiste à cette tentative désespérée de diluer la responsabilité dans l’oubli.

Puis vient le sujet brûlant, celui qu’attend toute l’assistance depuis le début de l’audience : son échange avec Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty, le soir du 9 octobre 2020. Le tribunal veut savoir : qu’a-t-il à dire sur cet appel dont il a été établi qu’il dura précisément 1 minute 22 ? Brahim Chnina, déconcertant, lâche : « Il paraît qu’il m’a appelé. Je ne m’en souviens pas. J’ai découvert en garde à vue que c’était lui. » L’interrogatoire s’intensifie. Pourquoi, lui demande-t-on, avoir enregistré le numéro d’Anzorov dans son téléphone sous le nom « Zaina Abdoullah Évreux » ? Chnina répond encore avec nonchalance : « Comme d’autres, il a dû proposer une aide financière. »

Mauvaise foi jusqu’à l’indécence, voilà ce qui transparaît quand Brahim Chnina ose affirmer, avec un aplomb déroutant, que si le collège du Bois-d’Aulne lui en avait donné l’opportunité, « Samuel Paty serait encore en vie ». Et de préciser : « Si on avait réglé ça entre hommes avec Monsieur Paty, il ferait encore ses cours. » Un frisson dans la salle. Mais la cour ne s’en laisse pas conter. Les faits, implacables, sont remis sur la table. Il aurait suffi, lui fait-on remarquer, de consulter la plateforme scolaire ENT pour découvrir que sa fille n’assistait pas aux cours de Samuel Paty et qu’elle n’avait jamais été renvoyée à cause de lui. Pas besoin de venir au collège pour ça. « Je n’ai plus les codes pour me connecter. »

Et ce mail d’alerte, daté du 10 octobre, où un proche lui signalait qu’il y avait de fortes chances que sa fille mente sur sa présence en cours ? « Il a dû arriver dans mes courriers indésirables. » Puis vient la question au sujet d'une vidéo qu’il aurait consultée sur YouTube le 16 octobre, après l’attentat, sur l’abattage rituel musulman. Pourquoi ce visionnage ? Chnina s’empêtre : « Sûrement une fausse manipulation. Je n’ai jamais égorgé un mouton. » La cour insiste sur un autre point : ce message de soutien reçu, appelant à « briser le dos » de Samuel Paty, auquel il avait répondu par un acquiescement en arabe. Sa défense ? « Je ne m’en souviens pas. » Et celui appelant à « casser la gueule » de Paty ? « C’est flou. »

Jusqu’à faire rire la salle ? Oui, le tribunal connaît aussi ses moments de grotesque, où la tension cède place à un rire presque nerveux, suscité par les absurdités de la défense de Chnina. Exemple parfait : la sémantique autour du mot voyou, central dans la mécanique de la fatwa. Le matin, Chnina déclare, main levée, qu’il n’a utilisé ce mot que « cinq fois dans [sa] vie », comptant ostensiblement sur les doigts de sa main. Mais l’après-midi, confronté à ses propres déclarations où il reconnaissait dire fréquemment à ses filles d’« éviter les voyous dans la rue », il se ravise. « Bon, ça fait donc les doigts des deux mains », concède-t-il en les levant. La salle éclate de rire.

Le comique involontaire ne s’arrête pas là. Interrogé sur son insistance à vouloir rencontrer la proviseure du collège du Bois-d’Aulne, Madame Fouillard, Chnina avance une justification aussi désarmante qu’absurde : « Il faisait froid. » Le président, stoïque, lui rappelle que la météo du jour indiquait 16 degrés. « Mais il y avait du vent ! », riposte alors Chnina, sans ciller. Un moment de légèreté surréaliste qui déclenche de nouveaux rires dans l’assemblée.

Et ce fameux argument selon lequel il avait « compris que Samuel Paty voulait que tous les élèves soient Charlie » ? Chnina affirme n’avoir fait que retranscrire sa fille, encore. On devine la réponse que le président aurait pu formuler, mais qu’il choisit de taire : « Et si cela avait été le cas, qu’en aurait-il été ? » Quant à cette phrase prononcée devant le collège du Bois-d’Aulne : « Si on avait été juifs, on aurait été reçus plus vite. » Lorsque l’avocat Francis Szpiner lui demande si ces propos sont antisémites, Brahim Chnina tente une justification déconcertante : « On peut dire ça en étant énervé, sans être antisémite. » Et l’avocat de riposter avec une ironie cinglante : « Donc c’est un antisémitisme d’énervement ? » La réponse de Chnina ? « Oui. »

Le compte-rendu entier

« Victimisation et déresponsabilisation. » Tels sont les deux mots apposés par les psychologues ayant récemment évalué Brahim Chnina en prison, révèle le président à l’assistance. Ces termes trouvent un écho dans les paroles de l’accusé à la barre, qui peint un tableau tire-larmes. « L’isolement, c’est vraiment l’enfer. Je prends beaucoup de médicaments. Merci de votre intervention, Monsieur le juge, je tiens debout grâce aux médocs. La solitude, c’est très dur. »

La victimisation de Chnina atteint des sommets d’indécence lorsqu’il parle de ses projets d’avenir : « Je veux faire de l’aide à domicile, sauf si je suis menacé de mort… Vous savez, j’ai été beaucoup médiatisé. Avec ce qui est arrivé à Samuel Paty, on ne sait pas ce qui peut arriver. » Exaspération dans la salle : comment oser se mettre sur le même plan que la victime ?

Le point crucial reste celui de la fatwa. Chnina conteste le terme, mais les faits parlent d’eux-mêmes. Salman Rushdie ? Il connaît, certes, mais cela « n’a rien à voir » avec ce qu’il a fait, dit-il. Une affirmation rapidement battue en brèche, quand intervient la puissante plaidoirie de Francis Szpiner. Après que les avocats généraux ont méthodiquement démonté les arguments de Chnina, prouvant qu’il savait pertinemment que sa fille mentait, après que Virginie Leroy a démontré qu’il avait eu maintes occasions de rencontrer Samuel Paty pour arrêter cette escalade, et après que les autres avocats des parties civiles ont exposé son fonctionnement mental imprégné de paranoïa, de complotisme et de déni, Szpiner frappe au cœur du sujet.

Avec une précision chirurgicale, il montre que l’initiative de Chnina relevait bien plus d’une fatwa que d’une lutte contre les discriminations. Messages de l’accusé à l’appui, il pointe du doigt les faits : la divulgation du nom de Samuel Paty, l’invocation répétée d’une atteinte au prophète plutôt qu’une dénonciation de discriminations, et cet appel à la fierté religieuse qui transparaît dans chaque mot. Face à ces arguments accablants, Chnina se risque à une question : « Je ne comprends pas pourquoi vous insistez sur le blasphème. » La réponse de Szpiner le foudroie : « Tout simplement parce que Samuel Paty a été tué pour un blasphème. »

"On peut tirer dans tous les sens comme un chewing-gum pour trouver un lien, mais je ne pense pas que ce soit du droit." "Ce n’est pas à l’entité sioniste de dire qui est résistant ou terroriste. Le peuple palestinien a choisi le Hamas. Est-ce que ce peuple est terroriste ? Jean Moulin était terroriste pour les Allemands !."

Abdelhakim Sefrioui au procès de l’assassinat de Samuel Paty : la morgue et le déni en bandoulière ; mon compte rendu d'audience (en accès libre) sur le site de 👇

Barbe et cheveux blancs comme neige, chemise bleu ciel repassée dans le pantalon, grandes lunettes, oreilles décollées : l'allure du théologien musulman azimuté lui va si bien. Dès qu’il ouvre la bouche, Abdelhakim Sefrioui entonne son refrain favori : « L’isolement, c’est une épreuve terrible, mais ce n’est rien comparé à l’accusation qui souille mon nom. » Évoquer la manière dont Sefrioui va tenter, ce 3 décembre devant la cour d’assises de Paris, de dissiper ladite accusation, consiste à parler mise en scène.

De cette attitude irritante pour les parties civiles et la famille de la victime, où se mêlent le cabotinage d’un acteur de boulevard et l’arrogance d’un parvenu convaincu d’incarner une profondeur intellectuelle – élément central de sa stratégie de défense. Une sorte de Tariq Ramadan à la petite semaine, dont les effets de manche, en cette journée cruciale, ne vont convaincre que lui-même.

Pour ce faire, l’ancien professeur s’appuie sur ces béquilles sémantiques qui trahissent sa nostalgie des années où il aimait être écouté. Dans une salle de classe et derrière le mégaphone lors des « milliers de manifestations » qu’il dit avoir organisées dans sa carrière de militant : « ça, c’est une construction », « vous savez », « c’est très important de », « je me pose une question plus grave et plus grande que celle-là ».

Ces moments où il joue l’incompris, où il répond à côté, sans doute volontairement, ou bien affiche une assurance exagérée, promettant de répondre « point par point », comme un politicien qui cherche à gagner du temps sur un plateau télé.

Interrogé sur son influence supposée sur Brahim Chnina, il la nie catégoriquement : « Je ne lui ai pas dit d’aller porter plainte. » Un SMS qu’il avait envoyé à Chnina, où il écrivait « très bien » après l’annonce de la plainte, est brandi contre lui. Il se défend maladroitement : il fallait comprendre : « OK », ou « Comme tu veux ».

Quant à son insistance pour entrer devant le collège le 8 octobre 2020, Abdelhakim Sefrioui avance une excuse improbable : « J’avais froid dehors. » Pourtant, lui fait-on remarquer, sa voiture était toute proche et il faisait doux ce jour-là. Il s’embrouille : « Il y avait du vent, même avec mon grand manteau en laine… et ma voiture n’était pas si près. » C’est dans un moment de relâchement qu’il laisse échapper une phrase révélatrice : « Si Samuel Paty s’était excusé et avait retiré de son cours la caricature du prophète nu à quatre pattes, l’histoire se serait arrêtée là. » Avant d’ajouter plus tard : « L'élément central c’est quand même le prophète. » Et de s’énerver : « Enfin, ce qui parle aux gens, c’est ça… » Ses déclarations trahissent le cœur du problème : la raison de son courroux était moins la discrimination supposée que le blasphème.

Ce rideau de la discrimination sur fond d’islamophobie tiré sur l’accusation de fatwa donne à ce 3 décembre des allures de séance d’observation clinique, où le patient relève d’un cas d’islamisme niant son essence la plus pure. Pendant ces longues heures d’audience, les liens entre le terreau de l’islamisme et la plante vénéneuse du djihadisme s’exposent progressivement – des connexions que Sefrioui tentera de nier obstinément, pied à pied.

Au fond, ce passé révèle une méthode bien rodée : la méthode Sefrioui. Influenceur avant l’heure, il savoure visiblement l’occasion d’expliquer à la cour comment, dans son militantisme islamiste, il s’appliquait à produire des vidéos « les plus courtes possibles », avant de se lancer dans un laïus sur la diminution du temps d’attention dans notre société. C’est qu’Abdelhakim Sefrioui est un homme pressé : pressé d’être connu, pressé de faire de l’argent.

Cet aspect mercantile de l’affaire, bien que peu exploré dans le cadre du procès, constitue pourtant une circonstance aggravante. Lui et Brahim Chnina, croyant se protéger, ont admis durant leurs interrogatoires que leur soudaine notoriété liée à la fatwa numérique servait aussi à collecter de l’argent pour leurs associations respectives. Vénalité, mais aussi vanité islamiste. La deuxième chose qui ressort de ces interrogatoires est que la fatwa numérique, en fin de compte, n’était pas qu’un acte idéologique : c’était aussi un moyen de sortir de vies médiocres, d’obtenir une parcelle de notoriété, et peut-être de respectabilité. Une gloire trop douce pour être freinée, trop tentante pour s’arrêter. Sefrioui et Chnina, dans leur quête d’influence, illustrent tragiquement à quel point l’islamisme radical peut être aussi une affaire de petites ambitions personnelles, enveloppées dans un discours de grandeur religieuse.

Son discours prend une tournure résolument politique lorsqu’il s’attaque à la loi contre le séparatisme et au discours des Mureaux d’Emmanuel Macron, qu’il juge stigmatisants pour les musulmans. Sa vidéo intitulée « L’islam et le prophète insultés dans un collège public, le vrai séparatisme » s’inscrivait dans cette logique. Pour Sefrioui, cette loi désigne les musulmans comme une « cinquième colonne ».

Il y a chez lui un paradoxe étonnant : tout en en cultivant une obsession antisémite, il s’approprie les stigmates des juifs pour les appliquer aux musulmans. Il va jusqu’à comparer son arrestation à une « rafle », et la situation des musulmans à celle des juifs dans les années 1940 : « Je ne dis pas que nous sommes dans la Shoah, mais chaque fin a un commencement. L’histoire nous a appris que cela ne commence pas par un volcan, mais par ce genre de choses. »

A lire en entier ici :

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